Pair-aidance : un vent nouveau souffle sur le terrain social

Quel titre prometteur, n’est-ce pas ? Et bien ce n’est pas du « pipeau » à des fins de rassurer, c’est réellement ce que j’ai déduit avec l’authenticité qui me caractérise, tout au long d’une journée de réflexion sur la pair-aidance organisée par le Forum – Bruxelles contre les inégalités.

J’y étais invitée en tant qu’intervenante. Mais permettez-moi de me présenter. Mon nom est Samanta Borzi et j’ai la chance d’occuper le poste de pair-aidante au SMES-B, au sein du projet Housing First précisément.

Notre mission ? De la rue au logement ! Le public que nous accompagnons ? Des personnes souffrant d’assuétudes, avec des problèmes de santé mentale lourds et ayant vécu l’exclusion sociale.

Précurseurs dans cette approche, Housing First m’a demandé de les rejoindre afin d’apporter un regard et une approche différente au sein de l’équipe. Celle-ci est composée de plusieurs personnes aux cursus différents avec des parcours professionnels tout aussi différents, et c’est cette différence qui fait la richesse de ce que nous distillons sur le terrain avec une trame commune : le rétablissement et l’accompagnement dans le respect des choix de la personne.

Moi, mon école a été celle de la vie, de la vie que j’ai menée plus précisément, puisque j’ai fait l’expérience de la dépendance, de la prison, de la prostitution, des institutions et somme toute de la rue pendant de nombreuses années. Je suis experte de « mon » vécu, et cette expertise me sert dans mon travail. J’ai choisi de mettre cette expérience à profit en travaillant sur le terrain social.

Le but en soi est de transmettre mes constats au même titre que ceux de mes collègues et peut-être de leur donner des clés avec une approche différente. Comment aider les acteurs de terrain à avoir un regard "humanisant" sur des situations parfois tellement complexes et violentes ?

Pour moi, une suite logique à mon engagement après ma résilience et mon rétablissement. Faire quelque chose de bien de ce qui m’est arrivé de mal ! Que cela serve…

Mais revenons à ce qui nous importe.

Ce 31 mai 2018, le Forum- Bruxelles contre les inégalités conviait donc plusieurs acteurs de terrain et politiques à réfléchir sur la pair-aidance et plusieurs questionnements qui en découlaient. Notamment :

  • Un statut pour la pair-aidance.
  • Les savoirs, savoir-faire et savoir être de la pair-aidance.
  • Complémentarité entre les savoirs.
  • Nouvelles pratiques et risques d’instrumentalisation.
  • Pré requis : Le processus de rétablissement et le pouvoir d’agir.
  • Professionnaliser le savoir expérientiel et les questions de formation.
  • Pratiquer la pair-aidance : choix et envie.
  • Le secret professionnel et la discrétion.
  • Juste distance et juste présence.

Ces questionnements étaient débattus autour de tables de discussion sur chacun des thèmes précités. Chacune d’entre elles étaient animées par des acteurs de terrain et des pairs-aidants en fonction. J’animais celle concernant le statut sur la pair-aidance. Sujet motivant, vous allez me dire ? Eh bien, non, j’ai même été un peu frustrée lorsque l’on me l’a attribué. J’avais tant à dire sur le travail de terrain…

Pourtant, cela m’a permis de faire de belles rencontres et finalement de parler avec beaucoup de sincérité avec les personnes qui se sont relayées à tour de rôle sur les chaises tout au long de la journée. Le Forum publiera une synthèse des conclusions.

Certes, le statut a été débattu et des solutions ou propositions ont été faites afin de désamorcer pas mal de peurs aussi. Tout le monde n’est pas pour… Des sujets comme la professionnalisation, le cursus et la réalité du terrain, la juste distance, les salaires, le risque de décompensation, les compétences nous ont permis de digresser sur d’autres problématiques et la déduction est claire : les pratiques professionnelles doivent évoluer et l’introduction de la pair-aidance en fait partie.

J’ai rencontré et écouté beaucoup de personnes ce jour-là et j’ai ressenti de l’envie de l’engagement, de l’humilité mais aussi de la solidarité. L’usure du travailleur était également palpable et je pense aussi qu’il est temps de prendre soin de ceux qui prennent soin !

Le changement est palpable, c’est en chemin, le processus est lancé, le social se réinvente mais cela prendra du temps de bouger les mentalités.

Je m’engage à y participer sur le terrain, et en rejoignant le comité de la pair-aidance au Forum. Un merci particulier à Lolita Sandron, Nicolas De Kuyssche et Jean-Paul Nolet dont j’ai beaucoup apprécié les mots lors de son discours.

J’y crois parce que finalement, j’ai la naïveté de croire que quand on fait les choses sincèrement, on touche les gens. Dans l’espoir de vous avoir motivé et de vous avoir éclairé,

Samanta Borzi
Pair-aidante Housing First