Vers la fin du sans-abrisme à Amsterdam ?

Dans le cadre du projet Erasmus + du Housing First Belgium-LAB, des travailleurs du SMES-B ont pu se rendre récemment à Amsterdam, pour y découvrir différents projets de lutte contre le sans-abrisme, et notamment l’organisation HVO-Querido, qui reloge aujourd’hui pas moins de 1000 sans-abri grâce à son projet Housing First. Avec, à la clef, la fermeture de six structures d’hébergement d’urgence.

C’est en 2006 que Discus, la branche « Housing First » de HVO-Querido a vu le jour. Alors qu’Amsterdam connaissait un développement touristique très important, la municipalité a souhaité prendre à bras-le-corps la problématique du sans-abrisme, jugeant que la présence en rue de nombreuses personnes sans domicile donnait une mauvaise image de la ville. Après une visite du projet Pathways to Housing à New-York, les autorités locales ont décidé de se lancer dans l’expérience.

Conformément au modèle développé par Sam Tsemberis, Discus a proposé un logement à 28 sans-abri au profil complexe (troubles psychiques, toxicomanie…). Ces personnes avaient été précédemment exclues de plusieurs autres dispositifs d’aide et étaient vues par les services sociaux traditionnels comme impossibles à réinsérer.

Pourtant, cinq ans plus tard, le projet affichait un taux de maintien en logement de 97%. Ce succès, Discus l’explique notamment par le changement de paradigme. Auparavant, le parcours d’aide était linéaire : on accédait d’abord à un abri de nuit, puis à un logement communautaire, puis à un logement de transit, et enfin à son propre appartement. Le passage d’une étape à une autre étant conditionné au respect de règles. Or, constate Discus, tout le monde n’est pas fait pour vivre en communauté, ce qui suppose de nombreuses contraintes. Ceci amenait de nombreux sans-abri à retomber en rue.

Désormais, la municipalité a mis en place un dispositif centralisé d’orientation, qui permet de prendre compte la situation spécifique de chaque sans-abri. Les autorités politiques ont également décidé de faire du Housing First l’approche prioritaire en matière de lutte contre le sans-abrisme. Si ces décisions sont une forme de reconnaissance de l’efficacité du dispositif, Discus ne manque toutefois pas de souligner les limites de ces nouvelles orientations politiques. Pour l’association, il en va du Housing First comme du logement communautaire : chaque formule n’est pas adaptée à tout le monde. Le Housing First reposant sur le libre-choix de la personne, il ne peut fonctionner s’il est imposé à quelqu’un.

Il est par ailleurs intéressant de noter que ce système de libre-choix est reproduit jusque dans la gestion du projet : ainsi, les autorités octroient une enveloppe forfaitaire par locataire à l’association, qui peut l’utiliser comme elle l’entend du moment que le résultat du maintien au logement est atteint. Ceci permet d’alléger la charge administrative et de concentrer l’utilisation des financements publics sur l’action sociale elle-même.

En combinant cette approche avec une politique volontariste en matière de logement (30% du parc immobilier est socialisé, et 30% de ces logements sont réservés au public en situation de grande précarité), Amsterdam est désormais en passe d’éradiquer le sans-abrisme. À l’heure où l’on débat âprement des politiques bruxelloises en la matière suite au récent décès de deux femmes sans-abri, voilà sans aucun doute un exemple inspirant.

Mathieu De Backer
Directeur Général SMES-B